
Chroniques
À la découverte de mon monde.
Quelques chroniques parues dans GHI. Merci à celles et ceux qui me lisent. Je suis toujours émue de vous savoir nombreux et, ému.e.s à votre tour par mes modestes écrits.
Au paradis !
La tendresse joyeuse s’est invitée dans un dimanche un peu morose. Charles, 80 printemps tout doux, partage avec sa belle-maman, Agnès, de cent ans. L’échange est sensible et léger. «Au loto, vous avez gagné une place au paradis ?», lui demande Charles. La charmante centenaire répond, tout sourire: «Non, parce qu’il faut s’inscrire d’abord !» Et Charles de continuer: «Vous croyez que je peux m’inscrire ?» Réponse mutine d’Agnès: «Je ne sais pas si ça passera… Vous êtes coquin!» La vidéo qui m’a été partagée m’a bouleversée, je connais un peu Charles. Et je peux vous partager sa gentillesse sincère. Tout comme celle de son épouse, Rachel. Il y a des gens qui embellissent le quotidien. Eux et Agnès en font partie! Merci de cœur à cœur. (paru le 12 décembre 2024)
Sandra Widmer Joly
Bancs de la mémoire
En pays anglophones et en France, existe un projet novateur et… «porteur»: les bancs de la mémoire. A l’endeuillé de choisir à la fois l’objet – le banc – son lieu d’installation et une plaque commémorative personnalisée. Objectif ? Se reconnecter avec la personne disparue en prenant le temps de s’y asseoir. En d’autres mots, le banc devient le témoin silencieux des souvenirs partagés, accueille vos réflexions et rend mémoire à ceux qui ont compté. Il rappelle l’importance de faire une pause dans notre quotidien pour nous inviter à repenser notre histoire, à canaliser nos pensées et nos émotions et nous mettre en lien avec les personnes aimées qui ont quitté ce monde. Le banc ne remplace pas une tombe, mais peut devenir un lieu du souvenir, des souvenirs. J’aime beaucoup. (paru en janvier 2025)
Sandra Widmer Joly
Infos : Sit in peace
Youpie, pas d’école !
Sam a un peu plus de sept ans. Le garçon ne comprend pas ce que je fais chez sa grand-maman qui vient de perdre son époux. Nous organisons la cérémonie d’au revoir de cet aimé. Sam s’impatiente, a faim, a besoin d’attention. Ses grands yeux noisette me scrutent, me sondent. Nous essayons de mettre des mots sur le décès de son grand-papa… Pour l’au revoir, sa mamie et moi choisissons un jour: jeudi ou vendredi? Et Sam de répondre illico: «Mais j’ai l’école, ces jours !» «C’est pas grave, on te sortira l’après-midi !» Et l’enfant de s’écrier: «Youpie !» Nos sourires et nos émotions d’adultes accompagnent sa joie… à devoir assister à un moment pas si drôle, en fait! Les enfants sont merveilleux, leur innocence nous apprend tellement. (paru le 21 novembre 2024)
Sandra Widmer Joly
Pierres colorées
Avant de célébrer des vies, j’aime marcher dans le cimetière Saint-Georges et faire silence en moi pour être à même de mieux accompagner mes familles. C’est chaque fois, le même sentiment de paix qui me traverse. Sur les tombes et colombariums trônent fleurs, angelots, photos des défunts et cœurs. En cette matinée, j’y découvre, déposées comme des offrandes émouvantes, des pierres bleues et vertes lumineuses et sur une autre stèle, un cœur de billes de toutes les couleurs. C’est si beau, simple, précieux, lumineux et tendre. Tout à la fois. J’imagine sans peine les âmes de ces aimés partis comme des liens indéfectibles entre générations. Et une manière encore de communiquer, ensemble, défunts et vivants.
Sandra Widmer Joly
Et la tendresse…
Une nouvelle injonction circule sur les réseaux: il ne faut jamais embrasser une personne décédée ! C’est cela… Ce geste plein d’amour reste une nécessité pour surmonter le décès d’un être aimé. Eh bien, le «bon» docteur Viktor Ivanovik tente de nous en dissuader. Et il se plante… Le médecin – existe-t-il vraiment ? – explique que les bactéries, nombreuses, sont susceptibles de contaminer les personnes qui s’approchent. Ils seraient susceptibles de perdre goût et odorat. Pour une fois, les réactions des internautes sont vives… et vont dans le bon sens: l’indignation pure et simple face à un dernier geste tendre et indispensable pour nombre d’entre nous. Et la tendresse, bordel,, c’est comme on veut, sur qui on veut et quand on veut!
Sandra Widmer Joly
Mort, il est mort !
Dans un EMS, un jour à midi. Aux tables voisines, nous entendons nombre de partages, l’ouïe étant devenue fragile pour certains résidents. Il ne s’agit pas de curiosité, juste sa voix qu’il faut porter haut pour se faire entendre de son interlocuteur. La fille d’un monsieur demande: «Vois-tu toujours ton copain, celui avec lequel tu ne t’entends pas très bien? Nous ne le voyons plus, nous. Est-ce qu’il est encore de ce monde ?» Réponse fulgurante de son père: «Comment veux-tu que je le vois s’il est mort!» Rires et fous rires assumés de nombre de personnes alentours, même du papa qui semble très en forme. Comme quoi, il y a des questions à ne pas poser à des personnes âgées, diminuées certes, mais à l’esprit toujours aiguisé. (paru en mars 2025)
Sandra Widmer Joly
Égypte sacrée
Les touristes en masse ne sont plus les bienvenus dans plusieurs régions du globe. M’est revenue une histoire, vécue, il y a plus de trente ans déjà. Partie en vacances en Égypte, j’ai visité, comme bon nombre d’autres personnes certains lieux sacrés: Louxor, le temple d’Hatchepsout et la Vallée des Rois. Visité, non, j’ai plutôt vibré dans ces déserts rugueux et royaux à la découverte de ces sites. Arrivée devant l’entrée d’une tombe, je suis mes amis et descend un grand escalier… Puis je m’arrête et décide de faire demi-tour. Aucune peur ne m’a envahi, j’ai juste décidé que je n’irai pas attiser ma curiosité comme un robot. Les deux gardiens de ce lieu, étonnés, m’accueillent, à la sortie, avec un sourire radieux. En quelques mots, je m’explique. Ils me remercient avec la main sur le cœur. Sincérité et émotions partagées.
Sandra Widmer Joly
Solitude de son vivant
Micheline*, une lectrice fidèle de ce journal, tient à relayer son message à propos d’une voisine, décédée, il y a peu. «C'était une fleur des îles. Elle avait de la famille, mais vivait seule. Un voisin l'emmenait souvent en voiture, probablement pour ses soins. Moi, je la croisais avec juste un petit «bonjour». Décédée depuis, il semble, d’après certaines personnes qui sont allées à son enterrement, qu'elle souffrait de solitude.» Vivante et… seule! Et très «entourée» à sa cérémonie funèbre! Quelle ironie, quelle tristesse. Micheline, bousculée, ajoute : «Aimons-nous vivants, comme dit la chanson! Ce n’est pas, une fois mort, que l’on a besoin d’amis !» A bon entendeur !
Sandra Widmer Joly
*nom connu de l'auteure
Tatouage
«Jean». Quatre lettres importantes: le prénom de son homme, sa moitié, son tout, est désormais «encré» près de son cœur. Ce geste vous semble banal? Presque, sauf que la dame tatouée a… 88 printemps ! Son mari est décédé il y a un peu plus de dix ans et, depuis, elle rêvait d’inscrire son amour à même sa peau qui n’a pas oublié la tendresse de son amoureux. Cet acte d’amour a pu être réalisé grâce à l’ouverture d’esprit de sa maison de retraite – à Bordeaux, en France – dans laquelle elle a été accueillie, il y a quelques mois. Jean est désormais avec sa douce. Et la tatoueuse a partagé, avec grande émotion, ce «travail» spécial sur un réseau professionnel. Elle n’oubliera jamais la femme de Jean, c’est certain. Moi, aussi !
Sandra Widmer Joly